Société Française des Evaluateurs

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samedi 29 mars 2008

Gouvernance et créanciers

Quels sont les macanismes de gouvernance qui ont un impact sur la notation et le rendement des obligations ? Ce sujet fait l'objet d'une étude très intéressante qui vient de paraître (December 24, 2007): "The Relation between Corporate Governance and Credit Risk, Bond Yields and Firm Valuation" . Parmi les auteurs (Bradley, Michael H., Dallas, George S., Snyderwine, Elizabeth and Chen, Dong) : George Dallas qui a été managing director de Standard & Poor's responsable de l'activité notation de gouvernance (activité qui a été réintégrée au sein des activités de notation classique de cette firme).

Le résumé de l'étude que l'on peut trouver sur le site de SSRN:

This study examines the empirical relations between the governance structure of public corporations in the United States and the rating and pricing of their debt securities. We study an unbalanced panel of 775 unique U.S. firms from 2001 through 2007 and identify several statistically significant relations between corporate governance factors and credit ratings, bond spreads and firm values. We find that credit ratings are negatively related to the presence of antitakeover measures for firms with speculative grade ratings and positively related to the presence of antitakeover measures for firms with investment grade ratings. Moreover, we find that spreads are positively related to the presence of antitakeover measures, and this relation is significantly stronger for firms with less than investment grade credit ratings. Our findings also suggest that more stable boards, defined as having attributes relating to board tenure, director liability indemnification and classified board structures are related to higher credit ratings and lower bond spreads. We conjecture that boards with greater stability may be better positioned to take into consideration the longer term interests of the firm as a whole, thus benefiting the firm's creditors.

On trouvera un commentaire sur cette étude ICI.

vendredi 28 mars 2008

Le débat sur l'utilité des fairness opinions est relancé aux EU.

Les attestations d'équité qui ont été émises à l'occasion de la reprise de Bear Stearns par JP Morgan ont relancé le débat sur leur crédibilité et leur utilité pour les actionnaires.

Deux fairness opinions ont été réalisées pour le compte du conseil d'administration de Bear Stearns par la même banque d'affaires:

- Le 16 mars, l'offre de J.P. Morgan Chase & Co de $2 l'action était jugée équitable pour les actionnaires de Bear Stearns

- 8 jours plus tard, une nouvelle offre de $10 était jugée tout aussi équitable.

Les critiques formulées dans un article du WSJ du 25 mars montrent que la situation que Bebchuck décrivait en 1989 dans "Fairness Opinions: How Fair Are They and What Can Be Done About It?" n'a beaucoup évolué.

Ce débat américain doit aussi nous conduire à réfléchir à notre propre pratique en matière d'attestation d'équité. Ne nous réjouissons pas trop vite en considérant qu'une fois de plus la France est une exception culturelle. Certes, le rapport Naulot a apporté beaucoup d'améliorations, mais les pratiques restent encore trop hétérogènes.

vendredi 29 février 2008

Le rating de la gouvernance peut -il aider les investisseurs dans leurs décisions d'investissement ?

On a déjà eu l'occasion de parler de rating de la gouvernance sur ce blog.

Benjamin Jullien consacre deux articles sur ce sujet dans les Echos du 29 février 2008 : « Noter la gouvernance pour mieux prévoir la performance » et « Une démarche balbutiante mais prometteuse » desquels il ressort que, si des progrès restent à faire et si l’efficacité de la démarche doit être encore démontrer, le domaine est très prometteur.

Cette vision me semble un peu optimiste, et d’ailleurs un tableau présentant la France en 34ème position dans un classement de GMI met la puce à l’oreille. Même si l’on est très sceptique sur les progrès de la gouvernance en France (et je suis dans cette situation) il ne faut quand même pas exagérer ! Quand on voit que la Russie est positionnée au 36ème rang, on est saisi par un certain doute quant à la méthodologie de ces organismes.

Dans un post sur mon blog, je présente les conclusions d'une étude très intéressante de Paul Rose intitulée « the corporate governance industry »

S'il est incontestable que les agences de proxy ou de notation ont une grande utilité pour les investisseurs institutionnels et qu'elles ont à présent une influence considérable sur les pratiques des entreprises, ce système présente des dangers importants dont il faut avoir conscience :

  1. les conflits d'intérêt de ces agences font douter de l'objectivité de leur notation
  2. les fondements scientifiques de leur notation sont douteux
  3. l'adoption d'une approche "one size fits all" peut être dévastatrice pour les entreprises comme pour les régulateurs.

Ces critiques sont corroborées par plusieurs études récentes comme celle sur laquelle j'avais déjà écrit "The Promise and Peril of Corporate Governance Indices", où Sanjai Bhagat, Brian Bolton et Roberta Romano soutiennent qu’il n’y a aucune relation entre les indices de gouvernance utilisés dans les etudes académiques et les mesures de performance.

vendredi 30 novembre 2007

Le rating de la gouvernance

La gouvernance d’entreprise est un des éléments clé de la confiance des investisseurs. A ce titre, elle participe à la création de valeur de l'entreprise.

Facteur de confiance, les entreprises ont intérêt à communiquer sur les mécanismes de gouvernance qu'elles ont mis en place pour assurer la qualité et l'équité de leurs décisions. De fait, de nombreux détails sont fournis dans les rapports annuels ou les sites internet. En France, depuis la loi de Sécurité Financière, le Président du Conseil d’administration des sociétés cotées doit « rendre compte des conditions de préparation et d’organisation des travaux du conseil », et une recommandation de l’AMF invite les émetteurs à consacrer un chapitre spécifique sur le gouvernement d’entreprise et le contrôle interne dans leur document de référence.

Au delà de ce foisonnement, comment l’investisseur peut-il mieux apprécier les qualités d’une entreprise dans ce domaine ? C'est ici qu'un observateur spécialisé peut s'avérer très utile : l'agence de rating. La multiplication des codes de bonne conduite en matière de gouvernance, les réglementations boursières et la transparence des entreprises leur permettent à présent d’élaborer un système d’analyse précis pour apprécier la qualité des systèmes de gouvernance mis en place par les entreprises.

Deux types d’acteurs effectuent régulièrement des analyses de gouvernance au profit des investisseurs:

  • Les agences de rating classiques. Elles se sont toujours intéressées à cette question, mais le font aujourd’hui de manière beaucoup plus structurée. Standard & Poors avait même créé il y a quelques années un département spécialisé chargé de commercialiser une offre de rating de gouvernance. En raison du faible succès commercial de cette initiative, ces spécialistes ont été réintégrés dans la structure de rating classique et interviennent à présent aux côtés des analystes crédit pour apporter en cas de besoin un éclairage sur la gouvernance des entreprises pour lesquelles on a identifié un problème. De la même manière, Moody’s et Fitch ont intégré dans leur méthodologie une analyse spécifique de la gouvernance. Pour cette première catégorie d’acteur, il ne s’agit donc pas de rating à proprement parler. La gouvernance fait simplement l’objet d’une attention structurée dans le cadre de la notation classique qui, il faut le rappeler est réalisée pour les créanciers (à la différence de la catégorie suivante.
  • Des spécialistes de la gouvernance. Ces firmes sont elles spécialisées dans le conseil aux actionnaires et elles ont développé de véritables systèmes de notation : leurs grilles d’analyse de la gouvernance donnent lieu à une note. Créée en 1985, ISS (Institutional Shareholder Services ) a lancé en 1986 Proxy Advisory Service qui conseille les investisseurs institutionnels sur leur position de vote lors des assemblées générales. Dans ce cadre, elle publie chaque année ses recommandations. En 2002, elle a créé le Corporate Governance Quotient (CGQ) qui, si l’on en croit le site d’ISS, établit la notation de plus de 8000 entreprises dans 31 pays. Il est intéressant de noter qu’ISS a été racheté au début de 2007 par RiskMetrics, spinoff de JP Morgan spécialisé dans les techniques de Value at Risk pour constituer un groupe de gestion du risque financier très original. GMI (Governance Metrics international a été créé plus récemment (en 2002) et, comme ISS, publie des rapports sur les entreprises qu’elle suit et note.

Les approches de ces agences de rating ont récemment fait l’objet d’une recherche conduite par deux chercheurs de l’IAE de l’Université de Lyon (Fabrice ROTH et Amir LOUIZI). Présentée au dernier congrès de l’AFFI, leur étude s’intitule « Evaluation du Gouvernement d’entreprise par les Agences de Rating : Une analyse comparative des méthodes ».

Afin de mettre en lumière similarités ou différence entre les approches suivies, les auteurs ont utilisés la méthode de l’analyse en composantes principales (ACP). Les conclusions sont intéressantes : les approches sont loin d’être homogènes.

Ces travaux permettent de distinguer trois groupes distincts :

  1. le premier est formé de S&P et GMI qui privilégient le droit des actionnaires extérieurs et le processus d’audit et de qualité de l’information financière;
  2. Le second est ISS dont l’angle d’analyse est avant tout le conseil d’administration;
  3. Enfin Fitch et Moody’s qui privilégient la politique de rémunération et la convergence des intérêts actionnaires-dirigeants.

On notera que les trois agences de rating classiques sont dans deux groupes différents, et que S&P et GMI se trouvent dans la même catégorie bien qu'ils défendent des groupes d'investisseurs différents (les créanciers pour le premier et les actionnaires pour le second).

Quoiqu'il en soit, les pratiques en matière de gouvernement d'entreprise font l'objet de mutliples analyses mises à la disposition des investisseurs. Une meilleure information du public et la capacité pour chacun d'effectuer des comparaisons entre les sociétés ne peut que renforcer l'impact de la gouvernance sur la valeur des entreprises, thèse largement démontrée dans les innombrables études qui ont été faites sur le sujet (voir en particulier Gompers, Paul A., Ishii, Joy L. and Metrick, Andrew, "Corporate Governance and Equity Prices" ).